Communiqué

Le mouvement LGBT en Afrique noire et dans la diaspora : lutter contre la stigmatisation, les tabous, lutter contre le sida.

La question de l’homosexualité en Afrique noire et dans la diaspora est devenue depuis quelques années l’une des plus discutées et des plus controversées. Toujours niée, déniée et reniée, la réalité du phénomène est un secret de polichinelle car, longtemps muselés, oubliés, contraints à la clandestinité, les homosexuels en Afrique noire et dans la diaspora aujourd’hui, profitant de la flambée d’Internet, des acquis de la lutte contre le sida et d’une relative évolution des mentalités, commencent à s’épanouir, à se dévoiler, à s’inviter sur la place publique et à faire entendre leur voix.
Ces nouvelles donnes, même si elles ont considérablement amélioré le vécu de l’homosexualité dans nos communautés, n’a pourtant pas fait reculer les frontières de la stigmatisation encore très vivace et n’a pas encore fait disparaître des codes de nos pays, les lois pénalisant l’homosexualité.

 

Un combat contre soi-même

Cependant, les difficultés à être noir et homosexuel ne sont pas seulement le fait des autres et de la société mais reste aussi un combat contre soi-même. On culpabilise de ne pas être comme les autres, on s’en veut d’être différent, on s’en veut d’être homo. Cette situation d’auto culpabilité  peut être liée à ses propres représentations de l’homosexualité qui du coup chez l’homosexuel peut entraîner un rejet de soi-même et rendre sa propre orientation sexuelle inacceptable pour soi-même. Elle est aussi liée au regard que la société et l’entourage porte sur le phénomène et des commentaires qui sont faits autour des homosexuels. On est ainsi conditionné à percevoir cette orientation sexuelle comme anormale et condamnable, ce qui suscite ce combat contre son « anormalité » quand on découvre son homosexualité.
Cela génère des difficultés importantes sur l’estime de soi et la confiance que la personne peut avoir en elle-même.
Les convictions religieuses de la personne peuvent aussi être source de mal être parce que le discours chrétien et musulman au regard de l’homosexualité n’est pas des plus tendre ( haram chez les musulmans, péché chez les chrétiens). D’où la difficulté à concilier  foi religieuse et une orientation sexuelle condamnée par cette religion à laquelle on est attaché.
Il faut aussi noter cette quête d’identité qui, chez certains est permanente. Qui suis-je ? homo ? B parce que je suis aussi attiré par les filles ? Hétéro parce qu’avec les hommes c’est juste ponctuel…
Cette quête va concerner, chez certains, l’identité masculine ou féminine. Certains se sentent plutôt « femme » dans leur tête et en arrivent à le montrer sur leur corps par le travestissement (au-delà de la question trans identitaire) ou par le simple look. La vieille guerre au sein de la communauté homosexuelle noire entre les « virils » et les « efféminées, fardées et flanquées de sacs à main » a de beaux jours devant lui face à l’affirmation grandissante de la féminité chez beaucoup de gays.

 

Un combat contre les autres

Il reste toutefois que cette lutte contre soi-même demeure peu de chose au regard des misères qu’engendre le rejet d’ autrui et de la société en général. Le rejet de l’homosexualité est  tenace dans les communautés noires, et ses manifestations sont multiformes et nourrissent une homophobie grandissante depuis la visibilité du phénomène. Comment expliquer ce rejet et cette réaction sociale ?
D’abord, on estime en Afrique et dans la diaspora noire  que l’homosexualité est un phénomène importé d’Occident et qui ne serait arrivé sur le continent noir qu’à la faveur des européens. Il est donc logique de considérer que la terre d’Afrique qui n’a pas accouché de ce phénomène n’en accepte l’existence chez elle et n’en vienne à tolérer la pratique de l’homosexualité. Il reste que cette vision est erronée dans la mesure où les homosexuels ont toujours existé partout et depuis la nuit des temps. C’est que, à la différence de l’occident où le phénomène est sorti de la clandestinité depuis longtemps, dans les sociétés africaines, il est resté invisible, tabou comme la plupart de ces sujets qui touchent à l’intime et que la pudeur commande de ne pas évoquer sur la place publique. Dans nos traditions très pudiques, il n’est pas bien vu de se livrer,  en public, à des ébats amoureux et embrassades. Quid alors de la pratique de l’homosexualité qui devaient relever de ces sujets ultra sensibles dont nul n’ignore l’existence mais que personne ne  voulait voir.
Il semble que nos sociétés noires soient même plus tolérantes envers les efféminés. Nos villes fourmillent de ces garçons-filles que personne n’embête, qui font partie du « paysage » et qu’il faut accepter comme tel parce qu’ils sont nés comme ça. Pour ce qui est de leur sexualité, la question serait renvoyée dans les nombreux tiroirs des sujets tabous. 
Nos sociétés assez tendres donc avec les efféminés, n’ont pas la même tolérance pour les « mecs-mecs », hommes virils, incarnation de la force et du caractère masculin. Comment admettre qu’un homme viril, un homme tout court, puisse se livrer à des ébats amoureux avec un autre homme même si les marques de tendresse et d’amitié (se prendre les mains, se prendre par la taille…) entre hommes ne posent problème à personne en Afrique, contrairement à la réalité en Occident où deux hommes qui se tiennent par la main attirent des regards reprobateurs.

Cependant, ce que l’on peut légitimement imputer à l’arrivée des Européens c’est l’influence des religions et des lois héritées des anciennes métropoles qui véhiculaient, à l’époque une condamnation expresse et sans équivoque d’un phénomène que les lois ou les religions  ne condamnaient auparavant expressément chez nous.
Ainsi, de nos jours encore, alors que l’influence de la religion s’est considérablement amoindrie dans les pays européens, elle est plus vivace que jamais en Afrique avec son cortège d’intolérances. Sodome et Gomorrhe, ça rappelle quelque chose non ?
D’autre part, la plupart des anciennes colonies qui ont hérité à leur indépendance des lois pénales des pays européens, n’ont toujours pas fait le ménage dans leurs codes. Certains des rares pays à n’avoir pas pénalisé s’y mettent, le cas le plus récent étant celui du Burundi à qui l’Ouganda avait voulu emboiter emboîter le pas.

Cependant, les choses avancent, le monde bouge, l’Afrique et les communautés dans da diaspora aussi. Les homos sortent de l’ombre, sortent du placard. La lutte contre le Sida a réussi à amener sur la place publique ce sujet tabou des tabous et à ainsi rendre la question homosexuelle visible.

 

Homosexuel aujourd’hui en Afrique et dans la diaspora : l’impératif de mobilisation contre les discriminations et pour l’affirmation de soi / le coup de pouce de la lutte contre le VIH/Sida

Apparu d’abord dans les pays anglophones, le phénomène de structuration de la communauté homo va s’étendre à tout le reste de l’Afrique noire et la diaspora. Alors isolée, dispersée, la communauté a largement profité de l’avènement d’Internet. Alors qu’auparavant les rencontres étaient difficiles, ou circonscrites au réseau relationnel ou familial, les chats sur Internet ont facilité les contacts et permis aux homos de se connaître, de former une communauté. Des associations se sont constituées dans la foulée (au Togo par exemple, on en dénombre actuellement 3 qui ont créé des espaces de rencontres conviviales, des espaces d’échanges. Des bars homos sont apparus dans certains pays, (Cameroun, Côte d’Ivoire par exemple). Des évènements LGBT sont organisés (ex des élections Miss et Mister Gay au Togo, au Bénin, au Nigéria). Le mouvement s’organise même à l’échelle du continent avec la création de ILGA Afrique à Johannesburg en mai 2007.

La mobilisation de la diaspora quant à elle, bénéficie des acquis LGBT dans les pays occidentaux pour se construire en toute sérénité( Afrique Arc En Ciel en France, Arc En ciel d’Afrique à Montréal…..). Loin de nous les geôles de chez nous, mais près de nous, l’homophobie dans les communautés migrantes subsahariennes. C’est ce qui donne un sens à la lutte ici.

On doit cependant à la lutte contre le sida d’avoir été le meilleur catalyseur de l’émancipation des associations identitaires LGBT sur le continent africain. La lutte contre le sida a permis d’inviter cette question sur la place publique et de faire de la défenses  des droits des personnes LGBT un enjeu de santé publique et de promotion des droits humains. Alors que les chiffres font état d’une prévalence assez forte du VIH chez les MSM (Men Having sex with Men), les politiques de prévention inquiètaient par le peu de place ou souvent l’absence de place qu’elles font à la prévention en direction des gays.
Les associations généralistes peinaient à cibler les gays pour travailler avec eux sur la prévention, les gays eux-mêmes peinaient à se mobiliser et à se visibiliser.
Les choses ont beaucoup changé aujourd’hui, la question homosexuelle a trouvé une légitimité à être abordé tant sur le champ des droits de l’homme que sur celui de la santé publique.
Il faut saluer l’investissement des associations françaises de lutte contre le sida (AIDES, Sidcation…) sur la défense des minorités sexuelles en Afrique de même que, en Afrique même, l’investissement de plus en plus important des associations généralistes de lutte contre le sida sur le champ de la prévention MSM, et par là même de leur investissement sur la problématique homosexuelle en générale. La lutte contre le Sida a fait avancer les choses mieux que n’a pu le faire la promotion des droits humais qui a suivi les mouvements de démocratisation en Afrique.

 

Bruno OTTIMI
Président fondateur, président d’honneur d’AFRIQUE ARC EN CIEL

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